Zobrist, patron libérateur: florilège

libéré, délivré, ballon

Un article pour vous faire vivre, comme si vous y étiez, la toute dernière conférence de Jean-François Zobrist, célèbre patron libérateur de FAVI dans les années 80. L’inspirateur de Poult, Chronoflex, et tant d’autres!

Entrée en scène

Nous sommes le vendredi 8 avril 2016, quelques minutes avant le début d’une conférence organisée à La Défense par l’Institut de socio dynamique. Jean-François Zobrist (JFZ), patron historique de FAVI, usine de fabrication de fourchettes automobiles, figure emblématique du mouvement des entreprises auto organisées (je préfère ce terme à celui, maintenant trop caricaturé, d’entreprise libérée) se rapproche de la machine à café. Sa conférence commence dans quelques minutes. Il arbore fièrement sa veste en jean sans manche, affublée du pin’s aux couleurs de FAVI, dont il a transmis la direction il y a déjà quelques années. Il en profite pour faire connaissance avec son audience. Enfin, c’est ce que je croyais …

Management vient de « manipulare » (italien) et « ménager » (français): ça se confirme ! 

Il pose la question rapidement aux uns et aux autres : « c’est quoi ton métier ? ». Un ami, à ma droite, a le malheur de se dire DRH, puis « directeur des ressources humaines », une fois que JFZ a réussi à le lui faire préciser. Il en entendra parler à plusieurs reprises pendant la conférence (« vous trouvez que l’humain est une ressource, vous !? »), tout comme mon corps de métier, les « consultants ». On en prendra finalement tous pour notre grade, nous les « improductifs », ou autres « parasites ». La provocation fait partie du spectacle. Ravaler son égo le temps d’une conférence, c’est acceptable si on se fie aux rires et à la bonne humeur de la salle.

Suspens

Quand vous rencontrez une « rock star de l’entreprise libérée », que vous êtes passionné de management et d’organisation, que vous avez vu les vidéos de JFZ sous YouTube, lu les fiches, les livres, les interviews, vous vous demandez si vous n’allez pas entendre une nième fois les anecdotes qui font la légende : la femme de ménage qui a pris l’initiative d’aller chercher un client planté à l’aéroport, l’hélicoptère affrété pour livrer à temps les commandes d’un autre … C’est sans compter que JFZ a 47 ans de carrière à son actif, une gouaille incroyable, et assez d’histoires pour tenir une conférence de 72 heures (j’ai hésité avec jours). Vous vous fatiguerez avant lui. Surtout si vous êtes une femme et que vous répugnez vous faire appeler « ma chérie » par un septuagénaire au sommet de sa forme, au moment où votre main se lève pour poser une question. L’étonnement passé, la salle est très rapidement conquise.

Alors, que retenir d’essentiel de ce one-man-show mené tambour battant, une anecdote en chassant une autre ?

Essentiellement quelques principes directeurs que les aficionados connaissent, et qu’il est toujours bon de rappeler, si vous voulez vous un jour vous inspirer de l’expérience de FAVI pour « libérer » votre propre organisation.

Histoire de vous faire voir du pays, je vais privilégier ici les citations, bien plus croustillantes qu’une synthèse réalisée par un « improductif » ! Je me contenterai de vous proposer 4 grands chapitres. C’est parti !

zobrist conf 01

Primauté des opérationnels 

  • « C’est ceux qui font qui savent » : leur laisser le « comment ». En prime, si vous n’avez pas compris : « moins t’es loin, moins t’es con » (dur de vous le servir tout de suite, mais en fin de conférence, c’était très drôle!)
  • Supprimer les (nuisances des) improductifs (fonctions supports, management de contrôle), qui bouffent la bande passante des « faiseurs »
  • D’autant qu’en considérant que « l’homme est bon » (en moyenne, on dit que seuls 3% sont en dehors des clous), ils savent trouver la meilleure façon de s’organiser
  • Autonomie : pour la favoriser, il faut des outils (ceux de FAVI sont d’inspiration japonaise, avec une application plus encore de l’esprit que de la lettre), et surtout supprimer toute forme de contrôle (la structure).
  • « C’est l’opérationnel heureux qui fait le client heureux, qui fait l’actionnaire heureux »
  • « Le client est au centre de l’organisation » : chez FAVI, 13 mini usines, une par client. Les opérateurs sont en contact direct avec lui.

 

Recentrage du dirigeant sur la vision et l’extérieur

  • Concentrez-vous sur le « Pour quoi » et le « Pour qui »
  • Contentez vous de « faire vivre 2 valeurs qui donnent les bornes qui bordent l’espace de liberté de chacun ». Celles qui, enfreintes, devraient justifier de sortir le collaborateur. Celles de FAVI : « l’homme est bon » et « l’amour du client »
  • Cantonnez le rôle du patron au rôle d’entraineur (sur le bord du terrain) et de chasseur de signaux faibles à l’extérieur de l’entreprise
  • Le rôle des RH (« rendre heureux »), « c’est de faire des surprises à leurs salariés ! »
  • « Le rôle du patron, c’est de se faire tutoyer par l’inspecteur du travail ! »
  • « Prônez sans organiser ».
  • Les seuls objectifs doivent être « affectifs et subjectifs » (« Que votre client, Peugeot, vous aime »)
  • Vos règles doivent être simples et justes : « c’est leur application qui est clé »
  • « Justice ou égalité : jamais les deux ! »

 

De l’innovation et de l’action 

  • L’innovation est le fruit du pur hasard : pour le provoquer, il est nécessaire de passer beaucoup de temps en dehors de son entreprise (« seuls ceux qui sortent s’en sortent »)
  • « L’argent est derrière les signaux faibles »
  • Vous voulez libérer votre organisation ? Regardez votre espace de liberté, et agissez (« c’est le résultat de votre action qui va convaincre » : quand vous aurez 30% de rendement de plus que vos homologues, le patron finira par venir vous voir pour comprendre, et sera pragmatique quant au déploiement du style de management qui aura permis cela)
  • « Faire en allant »: c’est l’action qui génère la réflexion.

 

Un rapport pacifié au temps et à l’argent

  • Dans un monde totalement incertain et très mouvant, cessez de vouloir tout prévoir (budgets, objectifs …) car cela vous empêche de faire face à l’instant présent (menaces/opportunités), qui est la seule chose qui compte
  • « Il ne peut y avoir que 2 fonctions dans l’entreprise : celle pour assurer le présent, l’autre pour préparer le futur, tout le reste est parasitaire »
  • « Abandonner la gestion du certain par les chiffres, pour des chiffres, et revenir au management de l’incertain, par et pour les hommes ».
  • Réunion : uniquement si on a un problème et/ou une décision à prendre
  • L’argent est « la respiration » (il nous permet de vivre, mais n’est pas le but de la vie) ; la finalité est la pérennité de l’organisation
  • « La récompense, c’est l’augmentation de salaire. Le bonus, c’est un os ! » (JFZ a décidé de les intégrer dans le salaire, avec à la clé une augmentation de rendement sans précédent : les ouvriers ont alors cessé … de se limiter aux objectifs !)

 

Fin ou faim ? 

Pour ceux qui découvriraient l’histoire de FAVI et de son patron « naif et paresseux » par cet article, voici un lien vers ses leçons de management façon « bon sens paysan ». Je peux également envoyer à ceux qui me le demandent mon résumé des célèbres fiches!

Et à celles et ceux qui se disent que ce qui est vrai dans une usine (500 personnes tout de même) ne peut l’être dans des bureaux, je vous conseille vivement la lecture de la BD Holacracy, qui m’a permis, il y a 18 mois, de me faire un avis très différent.

A tou(te)s: faites la liste de tout ce qui vous empêche de réaliser votre mission professionnelle chaque jour. Puis entourez ce qui dépend de vous, même en partie (faire connaitre son besoin est déjà une démarche active, libre et responsable). Attention, vous allez être surpris(e). Au boulot! Libéréééé, délivvrrrééeeee …

Bonne semaine à toutes et à tous, saisissez votre espace de liberté !

 

 

Laisser un commentaire